Ecovadis, VSME : deux référentiels qui se complètent ?

EcoVadis est une plateforme de notation française de mesure de la performance RSE, reconnue et utilisée internationalement. Depuis sa création en 2007, elle a maillé un réseau de plus de 150 000 entreprises notées.

Elle est une garantie pour les équipes achats des ETI et grandes entreprises du niveau de maturité RSE de leur portefeuille de partenaires. Elle est un sésame pour les TPE – PME qui souhaitent s’y voir référencer.
Consolidant au maximum 55 preuves documentaires, la plateforme évalue la performance RSE transverse sur 5 piliers : général, environnement, social, achats responsables et éthique.

La VSME (Voluntary Sustainability Reporting Standard for non-listed micro-, small- and medium-sized undertakings) quant à elle est un référentiel commun européen d’indicateurs de durabilité adapté aux TPE-PME. Publié en décembre 2024, le référentiel continue de prendre de l’ampleur après la confirmation, le 6 juin 2026, par l’EFRAG du principe de « value chain cap », plafonnement de la chaîne de valeur. Elle structure une centaine de points de données, répartis en 2 modules (de base et complet) et en 4 piliers (informations générales, environnement, social, gouvernance).

Cette introduction fait apparaître quelques points communs : la mesure de la performance RSE-ESG, un périmètre géographique qui dépasse les frontières nationales, un outil de langage commun dans la chaîne de valeur.

Les similitudes s’arrêtent là. En effet, ces deux référentiels se complètent plus qu’ils ne se superposent. Ce sont deux pièces d’un même puzzle : voyons pourquoi et comment. Mais le puzzle contient plus de 2 pièces.

1. La VSME vient consolider la partie « Résultats » dans la notation Ecovadis

La méthode de notation Ecovadis repose sur le tryptique « Politique – Actions – Résultats ». Cette approche inspirée de la méthode PDCA (roue de Deming) garantit la consistance des démarches RSE mises en œuvre sur chacun des piliers décrits plus haut, dans une logique d’amélioration continue.

Par exemple, sur le volet politique, il est valorisé d’adhérer à l’UN Global Compact, ou encore de devenir signataire de certaines chartes reconnues au niveau national, européen ou international.

Autre exemple, la charte RFAR (Relations Fournisseurs et Achats Responsables), orchestrée par le ministère de l’Économie et des Finances, ou encore la charte numérique responsable portée par l’Institut du Numérique Responsable sont d’autres garanties sectorielles reconnues par Ecovadis.

Si des exemples de politiques et actions sont déjà proposés par la plateforme afin d’orienter les PME candidates, les cadres de mesure des résultats étaient jusque-là peu guidés, hormis sur la partie calcul des émissions de gaz à effet de serre.

Aussi, mon constat après 3 ans d’accompagnement au sein des PME : des actions existent souvent, des politiques sont formalisées parfois, les résultats sont suivis… rarement. Les raisons sont diverses :

  • L’absence de cadre formalisé ou de référentiel ESG
  • L’absence de temps pour mener des analyses, prendre le temps du recul au milieu du tumulte opérationnel

Or, dans sa mise à jour sur la méthodologie début 2026 (paragraphe 31.2), Ecovadis annonce prendre en compte le référentiel VSME dans ses outils d’évaluation et confirme que « …/… les rapports conformes au module complet de la norme VSME peuvent potentiellement atteindre un score maximal de 100/100 ».

Les PME sont donc encouragées à utiliser ce cadre de référence pour piloter les indicateurs ESG évalués par Ecovadis.

La portée de la VSME est d’ailleurs renforcée au-delà de la notation Ecovadis, par le principe de « value chain cap », c’est-à-dire le plafonnement dans la chaîne de valeur.

Concrètement, les grandes entreprises sont désormais obligées d’interroger leurs PME partenaires (fournisseurs, sous-traitants) sur leur performance ESG, uniquement via le référentiel de la VSME.

2. La VSME, bien qu’exigeante, ne permet pas d’évaluer les politiques et les actions de certains piliers Ecovadis.

La VSME est une adaptation proportionnée et actionnable de la CSRD pour les PME.

Elle couvre une centaine de points de données sur les 4 piliers : informations générales, environnement, social et gouvernance. Elle incite l’entreprise à réaliser la mesure de son empreinte carbone, à suivre ses consommations de ressources et ses indicateurs sociaux principaux, entre autres. L’ensemble des points de données requis sont disponibles sur Portail RSE. Toutefois, certains pans d’une démarche RSE ne sont pas explicitement accompagnés d’indicateurs et de points de données. Il n’est pas évident de mesurer l’efficacité de la politique et des actions sur le pilier « achats responsables » ni sur le volet « qualité et satisfaction client ».

Il est donc important de considérer la VSME comme un référentiel qui crée un socle solide de mesure de la performance ESG, un dénominateur commun qui a le grand mérite de permettre la comparabilité des données d’une PME à une autre (ce qui est l’objectif final du pacte vert européen). Une fois les bases de la mesure de la performance ESG posées avec le premier rapport de durabilité VSME, il est pertinent de s’interroger sur les angles morts de l’évaluation de la performance de la démarche RSE. Gouverner les données ESG devient alors un projet d’entreprise à part entière.

3. Cas client : comment la VSME a servi de clé de voûte à un édifice ESG.

Les constats partagés sont issus d’un récent accompagnement d’une PME souhaitant confirmer sa médaille Platine Ecovadis pour la 3e année consécutive. L’entreprise complète en quelques mois ses indicateurs VSME pour l’année 2025 et s’en sert pour justifier ses progrès et mettre en lumière les axes d’amélioration. Le gain de temps par rapport à la CSRD est évident. La gestion de la complexité est maîtrisée. Les équipes sont soulagées de pouvoir rendre actionnables rapidement les résultats et les analyses. C’est à ce moment-là qu’apparaît la difficulté de prouver l’efficacité des actions mises en œuvre sur le volet achats responsables.

Nous voilà partis sur un projet complémentaire : partir du référentiel VSME pour créer un annuaire ESG mesurant l’ensemble de la démarche RSE, avec un objectif partagé par l’ensemble de l’équipe : ne pas dépasser 100 indicateurs de pilotage. Chiffre symbolique, marotte interne ? Pas du tout : bien mesurer, c’est mesurer l’essentiel qui permet de progresser, en portant un soin tout particulier à :

  • L’impact mesuré par l’indicateur
  • La complexité à le calculer
  • La personne en charge du calcul comme du pilotage de l’indicateur
  • Sa pertinence dans le temps

Finalement, ce sont des indicateurs de mission, des indicateurs VSME et des indicateurs complémentaires qui constituent cet annuaire ESG d’un nouveau genre, dont l’objectif de perdurer tout en évoluant dans le temps.

Accroître le périmètre d’application et d’analyse tout en limitant la complexité. Initier un nouveau projet de ce type tout en assurant sa pérennité : voici les deux enjeux principaux que vient poser le référentiel VSME une fois ce dernier installé dans l’organisation.